« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur ces choses ». Epictète
La première fois que j’ai entendu cette citation, je dois bien dire que je n’y ai pas compris grand-chose. A l’époque, il me semblait qu’il n’y avait qu’une seule vérité possible qui faisait que l’on était « obligé » de réagir de telle façon face à tel événement ou ressentir telle émotion dans telle situation.
Puis, j’ai eu connaissance de la Carte du Monde, telle qu’on en parle en PNL, qui explique que chacun a sa propre vision des choses en fonction de son vécu et de son interprétation de la réalité.
Et aujourd’hui, je repense à la phrase d’Epictète parce que mon actualité s’y prête. En effet, je viens d’aller conduire ma fille à l’aéroport. Salomé, 17 ans, part pour 10 mois aux Etats-Unis. Elle va vivre dans une famille d’accueil et suivre les cours au lycée.
C’est mon aînée, et j’avoue que pour une mère, ce n’est pas facile de voir son enfant partir aussi longtemps. Car l’organisme qui s’occupe des échanges est formel : il ne faut pas aller voir les jeunes avant leur retour. Apparemment, il leur faut déjà quelques mois pour s’habituer et prendre leurs marques et une visite des parents pendant le programme a plutôt des effets négatifs sur leur adaptation. Donc, ça fait 10 mois sans revoir ma fille. Et quand elle reviendra, ce ne sera plus la gamine que je viens de quitter mais certainement une vraie jeune femme…
Or, je me suis aperçue depuis quelques semaines que ma façon d’aborder cet événement dépend complètement de ce qui se passe dans ma tête. Si je me focalise sur la séparation, le fait que je ne vais pas la voir pendant 10 mois et tout ce qui se fera sans elle (Noël, ses 18 ans…), je me sens triste. Par contre, si je me fixe sur le moment présent, le fait que j’ai encore envie de faire ceci ou cela avec elle, sur l’idée que pour le moment elle est là et que j’ai envie d’en profiter au maximum, alors je me dis que j’ai de la chance de vivre ainsi l’instant présent avec intensité, ce que je ne ferai probablement pas sans cette séparation.
Pour compléter cette réflexion, j’ai envie de vous partager cette petite histoire pleine de sagesse :
CHANCE ou MALCHANCE ?
Dans un village du nord de la Chine, un vieux paysan possédait un cheval avec lequel il labourait son champ. Un jour, le cheval s’échappa et fut considéré comme perdu.
Les hommes du village vinrent témoigner leur sympathie au vieux cultivateur: « Mon pauvre ami, que vas-tu devenir sans ton cheval ? Il t’était si utile. Quelle malchance !» Mais le vieil homme répondit : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »
Quelques temps plus tard, le cheval revint accompagné d’une magnifique jument. Cette fois, les voisins vinrent le féliciter à cause de sa chance. Mais l’homme répliqua, impassible : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »
Le fils unique du vieil homme se passionna pour la jument. Il la montait dès qu’il le pouvait. Un jour, il tomba et se cassa une jambe. « Quelle malchance ! », gémirent les voisins. « Comment vas-tu faire, toi qui est si vieux, si ton fils ne peut plus t’aider ! » A nouveau, le vieil homme répondit, imperturbable : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »
Peu après, l’armée arrive dans le village, et enrôle de force tous les jeunes gens aptes à faire la guerre. Le fils du vieil homme, estropié, n’est pas enrôlé. « Quelle chance tu as, s’exclament les voisins, tous nos enfants sont partis à la guerre, et toi tu es le seul à garder avec toi ton fils. Les nôtres vont peut-être se faire tuer… »
Et le vieil homme de répondre : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »(d’après Hoài-Nam-Tu)
Et vous, avez-vous déjà observé qu’une malchance peut-être une chance déguisée ? Ou que ce qui apparaît comme une chance, peut être en réalité une malchance ?
Pensez-vous, comme Epictète, que c’est nous qui nous qui colorons les choses de manière joyeuse ou sombre ?